En fait, en ce moment je crèche à Paday (je posterai un billet à ce sujet bientôt) chez un responsable de programme afin de pratiquer un peu mon Thaï et pour m'imprégner un peu plus de la culture Karen. Un soir le mec me propose d'aller à Peuyodeita, village Karen situé à environ 2h de Maesot. Selon l'état de la route on ira en moto ou en bagnole. Ca tombe bien pour moi, je vais découvrir d'autres Karens et comme on a un programme dans le village en question, je vais pouvoir chopper un peu de matière pour bosser.
Finalement, on part en bagnole (comprendre 4*4) car il fait beau. Ca signifie que quand on montera dans le village, la piste sera pas trop mauvaise donc le 4*4 passera bien. S'il avait fait mauvais, genre grosses pluies, on y serait allé en moto parce que ces trucs là passent partout. Par contre ça aurait été gamelles sur gamelle. Ce sera pour une autre fois donc. En tout cas, ce sera le trip car la route pour aller au village déchire tout, t'as la jungle tout autour...
On part le matin vers 9h30. Donc comme je disais, première partie de la route, c'est de la bonne route version asphalte, pas trop d'humus, pas trop de monde, c'est beau. Sur le chemin, on passe devant le camp de Maela. Il y a environ 50000 personnes qui vivent là. Des réfugiés Birmans qui ont du fuir leur pays à cause de la répression gouvernementale. Là aussi, j'en dirai un peu plus dans un prochain message. En attendant voici quelques photos qui datent d'un précedente visite dans le camp (on a aussi un programme sur place).
On se pose dans un bled pour bouffer. Il est super tôt, genre 11h. Je sais pas pourquoi mais dans le coin ils mangent bien tôt en général, genre midi pour le repas et 18h pour le dîner. Bref. On reprend la route et au bout d'un moment on arrive à un panneau. Je cale rien mais il doit y avoir écrit un truc dans le genre "Village de Peuyodeita - 9km". Là c'est la piste pour de bon. Comme il a pas plu ça va, c'est praticable mais ça reste le ghetto. On met 40mn pour arriver au village. Comme quoi, on avance bien lentement, c'est chaotique et t'es bien secoué dans la caisse. En bonne saison des pluies, c'est pire, le moteur en prend pour sa tronche, des ornières de malade, de la bonne gadoue, des éboulements, parfois des arbres se sont tronchés par terre bloquant, de fait et s'il en est, le chemin. En tout cas c'est la tosserie garantie ! Bon, pour nous c'est plus cool même si ça vaut pas la bonne vieille N1 de chez moi, celle qu'on choppe devant le Quick et qui t'emmènes en moins de 2 au centre commercial Edouard Leclerc, crrrrrrrrrr. Ah putain, les toss... En tout cas, sur le chemin, les paysages pètent le feu. De la jungle à perte de vue, des montagnes presque aussi dignes de celles que le HRP traverse (hiiiiiiiiim)...
On finit par arriver. Première étape, l'école qui est un peu exentrée par rapport au village.
Les enfants s'amusent...
On va ensuite faire un tour au village qui est juste à côté. On est direct reçu par une famille. On a pas prévenu mais c'est un pas un problème, les mecs sont déjà prêt à nous recevoir. Ils ont un putain de sens de l'accueil... (je reprends mon message, ptite bouffe entre temps dans un bon ptit resto tenu par des Birmans, j'suis à Maesto là, ptit pet dans le casque comme dirait mon daron, bref...)
On se pose dans la baraque, on nous apporte de l'eau mais rapidement ça tourne à l'alcool de riz. Ouh là vicieux, ça va être ghetto dur putain. Avant de boire, je regarde à travers une "fenêtre" de la maison (un bien grand mot en fait... c'est juste qu'à cet endroit, ils ont pas mis de planche pour faire mur) histoire de voir si j'apercevrais pas par hasard ce bon vieux Verdaska. Pour ceux qui le connaissent pas (vous êtes comme moi dans ce cas), Verdaska, c'est un toss de la première heure. Un pur, un dur, le genre de mec qui se prend pas la tête, qui fait le boulot quoi. Le matin c'est lui qu'arrive en premier sur le chantier, il est blindé de CAP en tout genre : menuiserie, carrelage, plâtre, chaudronnerie, démolition, électricité, etc. Le genre de toss qui te construit un gratte ciel à lui tout seul. Le seul problème, d'après portugais Jean Sé (big up ma couille, j'attends toujours que ton bateau soit opé. pour que tu puisses enfin te ramener vers chez moi, dans les montagnes Karens), c'est que ce toss de Verdaska, à force de pas se prendre la tête et bein, il est parti en dépression. Du coup, plus de nouvelles de lui. D'après les toss du chantier avait qui il bossait (et que je ne connais pas non plus) on l'aurait aperçu y a pas si longtemps en train de faire du deltaplane je sais pas trop où. Du coup, du haut de ma guérite Karen, j'ai scruté un peu l'horizon (avec la main en visière, le regard plissé, etc... vous savez quoi) afin de m'assurer qu'il était pas dans le coin. Rien à l'horizon... Avec la chance qu'il a, le Verdaska, il a du se prendre un palmier en plein vol et je donne pas cher de sa peau. Mais avec lui, faut être prêt à tout... Il peut être n'importe où, si ça se trouve, dans 2 semaines, il redébarque à Domont, tout barbouillé avec un nouveau diplôme en poche, genre "Management de la portugaiserie dans le BTP - option No machine, everything by hand". Dur à suivre ce mec, je vous jure...
J'en reviens aux Karens, donc non, Verdaska n'est pas chez eux, faut chercher ailleurs. Moi, par contre je suis bien là et ils commencent à me tendre un premier verre. Le responsable de programme me dit que celui-ci est pas très fort, c'est que du 20 degrés. Bah ça va ma couille !!! Ca change du traditionnel 40 degrés !! Très bien ça ! Vu le nombre de bouteilles qui trainent dans le coin, vaut mieux que ce soit de l'alcool de riz light...
Ca commence à boire...
Bon, ça va, ça passe bien, il a pas trop de goût en fait leur truc... Bon déjà, pourquoi est ce que je vous parle d'alcool de riz au fait ? Et bien, c'est que c'est une véritable tradition chez les Karens. Et faut le voir comme ça, pas comme un truc de bourré à l'occidentale. Ok, je vous l'ai un peu présenté comme ça mais c'est parce que là je suis un peu guilleret. Sérieusement, pour eux c'est de la tradition à fond. Je sais pas trop encore ce que ça signifie mais c'est un véritable moment de partage d'après ce que j'ai pu comprendre. Dès qu'ils te reçoivent, ils font péter la bouteille et normalement, ils se passent l'alcool en suivant des codes assez précis. Il y a ainsi un maître de la bouteille et c'est lui qui sert les verres et les distribue. Après j'ai pas tout calé mais parfois tu dois boire cul sec et dans certains cas non ; apparemment, sur chaque bouteille sortie tu dois prendre au moins deux verres ; si on te sert le premier verre c'est un signe de respect, etc... Voila, l'alcool de riz, c'est donc un gros truc dans la culture Karen. Sympa non ? Bon après, y'a aussi des effets pervers... On m'a dit que dans certains villages, y'avait des gros problèmes d'alcoolisme, du coup, au lieu de se passer de l'alcool, il utilisent du Sprite. Moins marrant mais en tout cas, ça confirme que pour eux, ce qui est important, c'est le partage en lui même et pas forcement l'alcool. Toujours est il que moi, à la fin je suis bien beurré...
Mais entre temps, on nous sert à bouffer (riz forcement avec d'autres plats autour, pas mal de légumes et de feuilles en tout genre... hum... je préfère quand même la bonne cuisine de chez nous) et je les regarde discuter. Le responsable me dit qu'ils sont en train de parler des futures elections dans le village. Pour le reste je cale pas tout. C'est un peu frustrant mais en même temps, comme je dis, le simple fait de regarder la scène, ce qui se passe devant moi, est déjà génial. C'est un autre monde putain. Les nanas fument la pipe et les plus vieilles ont les dents à moitié noircies et pourries. Les hommes fument des gros cones (hélas, c'est pas de la beuh...) qui arrachent bien la gueule et ont des gros tatouages à l'encre bleue sur les bras, les jambes et le torse. Et tous te lachent des gros rots ou d'énormes crachas à travers les lattes du parquet. Au début, ça fait bizarre... Tu vois une nana te faire un gros raclement de gorge puis elle lâche une grosse salive. Mais bon tu t'y fait... Ils continuent de discuter entre eux, d'autres toss débarquent et repartent par petites vagues, l'alcool tourne encore, on arrive bientôt à la troisième bouteille. De temps en temps, j'entends qu'ils prononcent le mot "Kolawa"("blanc"en Karen) donc je sais qu'ils parlent de moi mais impossible de savoir ce qu'ils disent. Une nana me parle en Thaï et me sort trois mots en Anglais, j'essaie de lui répondre mais c'est un peu tendu vu mon niveau... En tout cas, on se marre bien. A la fin du repas, d'autres mecs se mettent à table. D'après ce qu'on m'a dit, c'est normal, les invités mangent d'abord et après ça seulement, les maîtres de maisons peuvent manger.
Quelques toffs...
Après ça, bien cuité on se prend une petite sieste. Tout les toss desertent la maison et je me retrouve seul avec les responsable de programme. Putain, j'arrive pas à me poser, ça tourne trop dans ma tête ! Au final, au moment où je commence à bien me reposer, on doit déjà repartir... Avant de quitter la maison je cale un ancien en train de transvaser de l'alcool d'une bouteille à un sachet. Ce doit être pour nous, afin qu'on puisse le transporter...
Avant de repartir pour de bon, le responsable me fait le tour du village. C'est vite plié vu que c'est pas très grand. Il doit y avoir environ 60 familles et dans les 300 habitants. Tous semblent assez pauvres. Ils ont l'électricité depuis peu grâce à des panneaux solaires que leur a fournit le gouvernement. On dirait que quelques familles ont la TV mais je suis pas sûr que ce soit un gros signe de richesse (à vérifier). Pas de téléphone car l'antenne du village ne marche pas, faute de maintenance. On capte pas avec les portables. Et pour finir sur la situation "économique", ils vivent tous dans des baraques en bois mais certaines familles sont encore dans des maisons en bambou.
On s'arrête un petit moment pour parler au chef du village ou à je sais pas trop qui. J'en profite pour m'éclipser et pour tripper avec des gamins. Au début ils ont assez peur de moi mais je me rapproche doucement, tel John Dumbar approchant Saccoche (ou Chaussette peut être... hum), et au final je prend quelques photos d'eux, leur montre et on rigole bien.
Voila, c'est la fin, dernier regard en direction des montagnes... je veux juste être sûr que Portugais Verdaska ne viendra pas aujourd'hui...
Fin de la portugaiserie de récit sur les tosseries Karens. Y'en aura d'autres.
1 commentaire:
yes yes j'ai hâte que tu racontes tout ça via la technologie du skype!!! cale le decalage mec, pendant que toi tu trifouille les vieilles bâtisses karens, à l'esc toulouse, ecole de management et business spécialisée finance, on part une semaine aux states tout frais payés! on apprend a vivre à la dure ici, t'inquiete on est blindé de brevet de capitalite en tout genre !! gros bisou ma couille ! :p
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